{"id":1489,"date":"2010-11-21T02:44:47","date_gmt":"2010-11-21T00:44:47","guid":{"rendered":"http:\/\/julietterobert.com\/blog\/?p=1489"},"modified":"2011-08-06T02:05:40","modified_gmt":"2011-08-06T00:05:40","slug":"nocturnes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/julietterobert.com\/blog\/2010\/11\/21\/nocturnes\/","title":{"rendered":"Nocturnes&#8230;"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.julietterobert.com\/blog\/images\/beyrouth2.jpg\" alt=\"beyrouth - raouch?\" \/><\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00c3\u00a9crit tout ce que je pouvais dans mon agenda. Tous les trucs \u00c3\u00a0 faire avant le d\u00c3\u00a9part, comme d&rsquo;hab&rsquo;, en vrac. Je ne sais pas si \u00c3\u00a7a m&rsquo;a aid\u00c3\u00a9 mais \u00c3\u00a7a a noirci des pages. C&rsquo;est d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 \u00c3\u00a7a.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>J&rsquo;avais oubli\u00c3\u00a9 les lumi\u00c3\u00a8res du sud en automne. J&rsquo;avais oubli\u00c3\u00a9 comme il pouvait y faire beau. Traverser cette campagne me ramenait des souvenirs et des sensations par bouff\u00c3\u00a9es. \u00c3\u00a7a me faisait me sentir de quelque part, m\u00c3\u00aame bri\u00c3\u00a8vement.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>J&rsquo;avais toujours Beyrouth et les collines du Sud-Liban devant les yeux. C&rsquo;\u00c3\u00a9tait l\u00c3\u00a0, m\u00c3\u00aame si j&rsquo;avais mon billet d&rsquo;avion suivant. J&rsquo;\u00c3\u00a9tais toujours un peu fascin\u00c3\u00a9e par la tomb\u00c3\u00a9e du jour sur Raouch\u00c3\u00a9, ce bout de terre et de rochers sous les buildings en (re)construction. J&rsquo;y aimais la lumi\u00c3\u00a8re et la lenteur ; les grappes humaines qui traversaient l&rsquo;\u00c3\u00a9tendue sableuse, ce coin un peu sauvage, Beyrouth hors de Beyrouth, comme \u00c3\u00a9chapp\u00c3\u00a9, suspendu, et au bout, le bois, le b\u00c3\u00a9ton et les t\u00c3\u00b4les des cabanes bringuebalantes des p\u00c3\u00aacheurs. Pour y descendre, il fallait juste passer sous les barri\u00c3\u00a8res de la corniche et prendre le sentier abrupt le long des herbes folles jusqu&rsquo;aux rochers. Ils venaient de la banlieue sud de Beyrouth et ils nous ont dit qu&rsquo;ici au moins, ils pouvaient respirer. Un drapeau libanais d\u00c3\u00a9chir\u00c3\u00a9 s&rsquo;enroulait sous le vent, tout \u00c3\u00a9tait calme, pour un temps.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Quand je suis sortie, la lumi\u00c3\u00a8re m&rsquo;a aveugl\u00c3\u00a9e. Sans lunettes de soleil, sans lentilles, j&rsquo;ai retrouv\u00c3\u00a9 au bout du train le l\u00c3\u00a9ger vertige que me donnaient les lieux inconnus.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Ils ont ouvert le bal sur \u00ab\u00a0here, there and everywhere\u00a0\u00bb des Beatles, et les voir tourner lentement, inconscients du reste du monde, le voir fredonner les paroles tout doucement, c&rsquo;\u00c3\u00a9tait un des trucs les plus touchants depuis longtemps. C&rsquo;\u00c3\u00a9tait lui, tr\u00c3\u00a8s exactement.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Sans le faire vraiment expr\u00c3\u00a8s, je me suis retrouv\u00c3\u00a9e avec des notes plus ou moins \u00c3\u00a9parses des Nocturnes de Chopin accroch\u00c3\u00a9es dans tous les recoins de ma t?te. Il faut dire qu&rsquo;il m&rsquo;avait accompagn\u00c3\u00a9e en boucle ces derniers jours, pour apaiser le stress et bosser tard la nuit. Du coup, il se tapait l&rsquo;incruste dans ma t\u00c3\u00aate quand \u00c3\u00a7a lui chantait et que je m&rsquo;y attendais le moins, et faisait la nique \u00c3\u00a0 Schubert et \u00c3\u00a0 Liszt le long des port\u00c3\u00a9es imaginaires de mes sifflotements et \u00c3\u00a7a me plaisait bien.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>&#8211; Tu fais ce que tu voulais faire alors&#8230;<br \/>\n&#8211; C&rsquo;est flippant..<br \/>\n&#8211; Mais c&rsquo;est ce que tu voulais, non ?<br \/>\n&#8211; Oui, bien s\u00c3\u00bbr.<br \/>\nMais je n&rsquo;\u00c3\u00a9?tais pas s\u00c3\u00bbre de vouloir ou de pouvoir \u00c3\u00a9voquer de moi-m\u00c3\u00aame pourquoi c&rsquo;\u00c3\u00a9tait ce que je voulais et en quoi \u00c3\u00a7a me faisait flipper. Mais tant que j&rsquo;allais vers l&rsquo;endroit o\u00c3\u00b9 j&rsquo;avais toujours voulu \u00c3\u00aatre, est-ce que \u00c3\u00a7a avait une quelconque importance ?<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Il y a un autre bout de musique qui a filtr\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 travers mon cerveau et qui ressort, comme une ritournelle, juste un bout de refrain r\u00c3\u00a9cent, et en y pensant, je me suis dit que c&rsquo;\u00c3\u00a9tait tomb\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a0 pic pour mes 30 ans.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Changer de dizaine m&#8217;emb\u00c3\u00aate vaguement. D&rsquo;un autre c\u00c3\u00b4t\u00c3\u00a9, j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;\u00c3\u00aatre moins raisonnable, de prendre plus de risques qu&rsquo;\u00c3\u00a0 20 ans. Quelque part, je me sens plus jeune \u00c3\u00a0 30 ans qu&rsquo;avant.<\/p>\n<p>***<\/p>\n<p>Avant m?me d&rsquo;\u00c3\u00aatre repartie, je sais d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 o\u00c3\u00b9 et quand je vais re-repartir. \u00c3\u00a7a sera encore de la fatigue et du stress. \u00c3\u00a7a sera encore l&rsquo;aventure ; bouger est in\u00c3\u00a9luctable, le reste, l&rsquo;adr\u00c3\u00a9naline, la joie profonde, les avanc\u00c3\u00a9es et paliers franchis, de simples cons\u00c3\u00a9quences.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J&rsquo;ai \u00c3\u00a9crit tout ce que je pouvais dans mon agenda. Tous les trucs \u00c3\u00a0 faire avant le d\u00c3\u00a9part, comme d&rsquo;hab&rsquo;, en vrac. Je ne sais pas si \u00c3\u00a7a m&rsquo;a aid\u00c3\u00a9 mais \u00c3\u00a7a a noirci des pages. C&rsquo;est d\u00c3\u00a9j\u00c3\u00a0 \u00c3\u00a7a. *** J&rsquo;avais oubli\u00c3\u00a9 les lumi\u00c3\u00a8res du sud en automne. 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