{"id":1497,"date":"2010-12-30T20:38:24","date_gmt":"2010-12-30T19:38:24","guid":{"rendered":"http:\/\/julietterobert.com\/blog\/?p=1497"},"modified":"2011-07-29T18:50:50","modified_gmt":"2011-07-29T16:50:50","slug":"see-you-soon-kashmir","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/julietterobert.com\/blog\/2010\/12\/30\/see-you-soon-kashmir\/","title":{"rendered":"See you soon, Kashmir"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/julietterobert.com\/blog\/images\/kashmir1.jpg\" alt=\"road in kashmir juliette robert\" \/><\/p>\n<p>Cachemire, faudrait qu&rsquo;on se revoit toi et moi. C&rsquo;est comme \u00c3\u00a7a. Je pourrais trouver des milliers de raisons mais j&rsquo;en ai pas besoin, des fois, \u00c3\u00a7a s&rsquo;explique pas. Tu le sais aussi bien que moi, que c&rsquo;est comme \u00c3\u00a7a. Et qu&rsquo;on se reverra.<br \/>\nPourtant, Cachemire, putain t&rsquo;avais froid. T&rsquo;avais froid au ciel p\u00c3\u00a2le le soir et \u00c3\u00a0 tes terrasses de rizi\u00c3\u00a8res, t&rsquo;avais froid aux peupliers qui bordaient la route jusqu&rsquo;\u00c3\u00a0 Srinagar, t&rsquo;avais froid \u00c3\u00a0 la rivi\u00c3\u00a8re turquoise qui d\u00c3\u00a9valait ta vall\u00c3\u00a9e, t&rsquo;avais froid jusqu&rsquo;au bout de mes doigts. Malgr\u00c3\u00a9 \u00c3\u00a7a, t&rsquo;avais un ciel bleu immacul\u00c3\u00a9 dans lequel des aigles batifolaient et la nuit, des milliards d&rsquo;\u00c3\u00a9toiles oubli\u00c3\u00a9es. Cachemire, ta brume ne te quittait jamais vraiment, elle s&rsquo;accrochait au fond de tes vallons, et le soir, montait de la rivi\u00c3\u00a8re, noyait les barques qui faisaient la navette entre les rives et coagulait sur les berges, au creux des arbres, entre les pierres, pour se d\u00c3\u00a9chirer en lambeaux sur les routes et jusqu&rsquo;aux villages perch\u00c3\u00a9s \u00c3\u00a0 flanc de montagne. Chaque contre-jour aveuglant ciselait les cimes et les rocs, chaque tournant redessinait le paysage \u00c3\u00a0 grand coup d&rsquo;estompes qui laissaient l&rsquo;horizon ni tout \u00c3\u00a0 fait gris, ni tout \u00c3\u00a0 fait blanc. Et pendant la journ\u00c3\u00a9e, les \u00c3\u00a9chos des chants des muezzins rebondissaient dans la ville et enluminaient la vall\u00c3\u00a9e. Cachemire, ton soleil ti\u00c3\u00a8de tombait rapidement derri\u00c3\u00a8re les montagnes et la nuit dans la lumi\u00c3\u00a8re des phares, on ne voyait plus que les silhouettes fantomatiques de tes habitants en <em>phiran<\/em> le long des routes. Tes magasins fermaient tous avec la nuit mais c&rsquo;\u00c3\u00a9tait vraiment pas ta faute le couvre-feu. Ou les checkpoints un peu partout en rase campagne. Faut dire que t&rsquo;avais les 4\/5 de l&rsquo;arm\u00c3\u00a9e indienne sur le dos &#8212; des militaires, sur chaque talus, \u00c3\u00a0 tous les coins de route, sur la moiti\u00c3\u00a9 des toits de la ville, y&rsquo;en avait quinze. Cachemire, t&rsquo;avais si froid, c&rsquo;\u00c3\u00a9tait bien fait pour eux. Et quand tes gosses leur jetaient pas des pierres, ils jouaient au cricket au soleil dans les rizi\u00c3\u00a8res glac\u00c3\u00a9es. Quand on les croisait dans les villages, j&rsquo;aimais bien leur regard farouche, le genre qu&rsquo;il faut apprivoiser. Cachemire, il y a des regards per\u00c3\u00a7ants que je n&rsquo;oublierai pas. Et je n&rsquo;ai pas besoin de photos pour me souvenir de tes habitants, de leurs yeux clairs, de leurs salam aleikoum chantants, de leur sourires las, oui mais sourires malgr\u00c3\u00a9 tout, ou de leurs larmes.<\/p>\n<p>Cachemire tu le sais bien, faudra qu&rsquo;on se revoit toi et moi, j&rsquo;ai pas tout dit, j&rsquo;ai pas tout \u00c3\u00a9crit. \u00c3\u00a7a sera peut-\u00c3\u00aatre un printemps ou un \u00c3\u00a9t\u00c3\u00a9. L\u00c3\u00a0 c&rsquo;\u00c3\u00a9tait l&rsquo;hiver et t&rsquo;avais froid, jusque dans la salle d&rsquo;eau o\u00c3\u00b9 on ne pouvait faire qu&rsquo;une toilette de chat avec le peu d&rsquo;eau chaude, jusque dans la cuisine o\u00c3\u00b9 la radio crachotait les infos pendant qu&rsquo;on mangeait les <em>chapatis<\/em> tout chauds le matin ; et le soir, blottis tous les cinq en rond sous les couvertures, quand on rigolait, quand A. chantait en kashmiri ou qu&rsquo;on lui apprenait \u00c3\u00a0 jouer \u00c3\u00a0 pierre\/feuille\/ciseaux, quand je faisais \u00c3\u00a9couter du Graeme Allwright ou du Mademoiselle K, parce que c&rsquo;est tout ce que j&rsquo;avais comme musique en fran\u00c3\u00a7ais sur moi et que je leur traduisais, quand on d\u00c3\u00aenait avec les doigts, qu&rsquo;on discutait politique ou mariages d&rsquo;amour vs. mariages arrang\u00c3\u00a9s ou qu&rsquo;on essayait de tirer trois accords au vieil harmonium entre deux \u00c3\u00a9clats de rire, \u00c3\u00a7a n&rsquo;avait pas beaucoup d&rsquo;importance qu&rsquo;il fasse douze ou moins trois. Cachemire, t&rsquo;avais froid mais moi, j&rsquo;ai jamais vraiment <em>eu froid<\/em>, tu vois ? Et chez chaque famille qu&rsquo;on a visit\u00c3\u00a9e, il y avait toujours un <em>kangri<\/em> \u00c3\u00a0 se partager, il y avait toujours un <em>tchai<\/em> br\u00c3\u00bblant et des biscuits. Alors tu vois, c&rsquo;est aussi pour \u00c3\u00a7a qu&rsquo;il faut qu&rsquo;on se revoit et que c&rsquo;est comme \u00c3\u00a7a. Cachemire, il y a des sourires, fugaces, timides, \u00c3\u00a9tincelants ou m\u00c3\u00a9lancoliques, que je n&rsquo;oublierai pas.<\/p>\n<p>[dewplayer:http:\/\/uncover.free.fr\/zix\/vagabonde.mp3]<br \/>\n<em>Graeme Allwright &#8211; Vagabonde<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cachemire, faudrait qu&rsquo;on se revoit toi et moi. C&rsquo;est comme \u00c3\u00a7a. Je pourrais trouver des milliers de raisons mais j&rsquo;en ai pas besoin, des fois, \u00c3\u00a7a s&rsquo;explique pas. Tu le sais aussi bien que moi, que c&rsquo;est comme \u00c3\u00a7a. Et qu&rsquo;on se reverra. Pourtant, Cachemire, putain t&rsquo;avais froid. 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