alors eux, plus j’les vois, plus j’les aime.
musicalement autant qu’humainement.

nan, bon, ?a a peut-?tre l’air con, dit comme ?a avec des bi?res dans le pif ? presque quatre heures du mat’,
n’emp?che que c’est vrai, et que l?, tout de suite, ben j’ai pas d’autres mots.
mais avec un peu de chance, je vais avoir des photos,
et alors l?, ceusses qui me croient pas, comme ?a, ? priori, passke j’ai des bi?res dans le pif et qu’il est quatre heures du mat’, ben y verront.

ouais.
d’abord.

:D

raz-le-coeur des arrivistes aussi ?go?stes que creux, des petit(e)s con(nes) qui n’apprendront jamais et qui n’essaieront surtout pas, des stakhanovistes qui font, qui font, mais qui font mal, des born?(e)s de l’intelligence qui se complaisent dans leur m?diocrit? et pr?nent le nivellement par le bas, des tr?pan?(e)s du coeur que leur m?pris refoul? boursouffle, des avides du tout-tout-de-suite et tout-pour-moi, des naufrag?(e)s de la l?chet? ambiante, des losers m?galos, des cliques de suiveurs hypocrites qui s’enfuient d?s que le vent semble tourner, des oubli?s du talent qui sont de meilleurs vendeurs de tapis qu’autre chose…
j’ai envie de gerber.

[...]

ah non, ?a ne va pas mieux.
:|

mon papa, des fois, il m’appelle sur le coup de 7 heures du soir, et je crois que c’est pour me remonter les bretelles alors qu’il me dit juste heu, oui, je suis ? paris aujourd’hui jusqu’? demain, tu veux d?ner avec moi ce soir ?
apr?s, je r?fl?chis et puis, comme par hasard, j’ai rien de sp?cial alors je dis oui, bien s?r (justement j’avais bien faim) et mon papa, il me r?pond juste, bon ben tu passes me chercher et sur le chemin, tu r?fl?chis ? ce que tu veux manger ?

mon papa, il descend toujours dans un petit h?tel boulevard raspail et quand j’arrive, c’est toujours le m?me r?ceptionniste ? qui je demande : le docteur R. est arriv? ? Le receptionniste, il a toujours un petit sourire tr?s gentil et un peu pince sans rire, il a des cheveux gris presque blancs et ?a fait un peu bizarre, parce qu’il est trop jeune pour avoir des cheveux blancs. Il me r?pond invariablement, attendez, je ne crois pas, il regarde devant lui, l? o? je ne peux pas voir, et il dit ah oui, il est l?, composez le 210.
Je t?l?phone et mon papa, il descend toujours cinq minutes apr?s. Il m’embrasse et on remonte le boulevard raspail jusqu’? vavin en parlant du temps qu’il fait, et des fois, comme au mois de mai, il respire ? fond, et il me dit aah, j’aime montparnasse, vivement la retraite, parce que mes parents, ils veulent passer leur retraite ? paris.

Mon papa, des fois, il a l’air soucieux, alors je dis que je mangerais bien une pizza, mais des fois, il a l’air tout heureux, alors je dis que j’aimerais bien manger du poisson dans une grande brasserie du boulevard du montparnasse.
Mon papa, il me regarde d’un air un peu gouailleur, un peu joyeux, il me fait un clin d’oeil et il me dit comme si on allait faire une b?tise, on va ? la coupole ? Je lui fais un clin d’oeil en retour et je lui r?ponds : chiche. Il se justifie un peu, tu sais, il dit mon papa, aujourd’hui j’ai ?t? consultant, ? gnngn euros de l’heure, alors on peut aller ? la coupole, non ?
je lui dis pour rigoler que c’est dingue, qu’on a presque le m?me salaire horaire dis-donc et ?a le fait rigoler aussi.

Avant, avec mon papa, on rigolait pas trop. comme l’?t? dernier, on rigolait pas du tout quand on parlait. il me disait oui, mais je pourrais pas t’aider longtemps tu comprends, alors si tu quittes ton job, comment on va faire, hein ?
et moi je m’enervais, je lui disais si je quitte pas mon job, je serais jamais photographe, et finalement on s’enervait tous les deux, toujours au moment de se dire au revoir, comme si on ne savait pas se dire au revoir et qu’on avait besoin de masquer nos sentiments.
Avant ?a, mon papa, la premi?re chose qu’il me demandait, c’?tait bon, tes ?tudes, ?a marche ? tu vas avoir ton dipl?me bient?t ? et moi ?a m’enervait qu’il pense qu’aux dipl?mes et ? mes ?tudes, alors je racontais n’importe quoi, du moment que ?a avait l’air plausible.
Maintenant, mon papa, la premi?re chose qu’il me demande, c’est comment tu vas ? et qu’est-ce que tu fais de beau ? et ?a, ?a me fait bien plaisir, alors je lui r?ponds que je fais ce que j’aime et que peut-?tre, m?me si j’ai encore besoin de temps, ?a va finir par marcher. Et mon papa, il sourit quand je dis ?a, et ?a me rend vachement fi?re, parce que je sais enfin que tout ce qu’il veut, c’est qu’on fasse ce qu’on aime et qu’on finisse par y arriver. si je dis fi?re, c’est parce que mon papa, je crois que c’est un peu un t?te et que r?ussir, ? ses yeux, c’est tr?s important, surtout ? partir du moment o? j’ai refus? de faire medecine ou v?to ou astrophysicienne alors bon, souvent, je me dis que s’il ?tait fier de moi malgr? tout, mon papa, ?a compenserait au moins un peu.

Quand on arrive ? la coupole, des serveurs nous ouvrent les portes et le ma?tre d’hotel nous envoie au bar en attendant une table. L?, mon papa, il me regarde encore avec un clin d’oeil et il me dit, un petit ap?ro ? je souris, et je regarde autour de moi les gens, chics et assez bien habill?s, et je me vois, en jeans un peu ruin? et sweat puma et mon papa, en cravate et je dis, heu…un kir peut-?tre ? mon papa, il me r?pond en m?me temps : allez, tu veux du champagne ?
alors on prend une fl?te de champagne, qu’on sirote avec des chips, et si le ma?tre d’hotel nous a pas donn? de petit carton, mon papa, il r?le un peu au bout d’un moment, et c’est comme ?a que je sais que c’est bien mon papa, et pas un alien qui aurait pris son corps, il dit s?chement, oui, vous nous avez pas donn? de carton, ? nous. et moi, pour contrebalancer, je fais des sourires, et je dis merci ? sa place quand le ma?tre d’hotel s’excuse et dit qu’on sera les prochains.
Mon papa, c’est un type, ben vaut mieux pas oublier de lui donner son carton.

Quand on s’asseoit, mon papa et moi, on en est ? parler de trucs comme les derni?res nouvelles de mes fr?res et soeurs et des fois, j’ai un peu peur qu’on finisse par ne plus rien avoir ? se dire.
On regarde la carte, on dit oui, je prendrais bien ci et ?a et ?a m’amuse de faire mine de ne pas regarder les prix. des fois, je fais tr?s attention ? ne pas faire p?ter sa carte bleue, des fois, je prends vraiment ce qui me fait envie. de toute fa?on, mon papa, il ne dit rien.
Mon papa, je le laisse toujours choisir le vin, parce que c’est tr?s important de laisser son papa choisir le vin, je crois m?me que le jour o? je choisirai le vin pour lui, c’est qu’il sera compl?tement g?teux, mais en fait, vu qu’il para?t que boire un peu de vin r?guli?rement, c’est plut?t bon contre l’alzheimer, ben je crois m?me que je le laisserais choisir le vin pour toujours. faut dire aussi qu’il est de bordeaux mon papa, et que dans sa famille ils ?taient presque tous viticulteurs, alors g?n?ralement, je pars du principe qu’il sait ce qu’il fait.
au final, quand m?me, vers le dessert, je finis par me rendre compte qu’on n’a pas command? d’eau, mon papa et moi, et qu’? nous deux, on a fini une bouteille tranquille sans se presser au moment o? on enl?ve nos assiettes.

avant, mon papa, c’?tait celui de nous deux qui parlait le plus. moi, ?a me d?rangeait pas, j’aimais bien ?a m?me, parce que comme ?a, j’avais pas grand chose ? lui dire sur ma vie, et au final, ?a m’arrangeait plut?t. maintenant, on est ? ?galit?. des fois, je lui pose des questions scientifiques, genre oui, mais les OGM, t’en penses quoi ? ou les usines de retraitement de la hague, c’est vraiment canc?rig?ne ?
alors mon papa, il prend un ton tr?s docte, et il m’explique, et g?n?ralement, pendant les dix minutes qui suivent, je me sens vachement plus intelligente. bon, ?a retombe apr?s, naturellement.
des fois, mon papa, il me dit, tu te rappelles d’untel ? il a un ton et un regard triste, et il me dit qu’il ?tait aux obs?ques la semaine d’avant et l?, ?a me rend vraiment triste, et j’ai envie de lui dire ?go?stement que lui et maman ont bien inter?t ? ?tre immortels, parce que sinon, c’est bien simple, je les tue. c’est le genre de choses que je ne dis pas, ?videmment, et puis m?me, c’est le genre de trucs qu’on dit quand on a cinq ans, pas quand on en a bient?t vingt quatre, alors je dis rien, mais je croise les doigts sous la table. on ne sait jamais.

depuis quelques temps, mon papa et moi, on arrive ? aborder des sujets assez personnels que je ne croyais pouvoir aborder avec lui, et en fait, je crois que ?a me soulage, parce que si on peut pas aborder des sujets personnels avec son papa, ben on parle de quoi alors ? il me parle de ce qu’il va faire de l’h?ritage de son p?re, et je lui dis doucement que ce serait peut-?tre une bonne id?e de faire une petite part pour ses enfants, genre un truc dont on pourrait se servir pour monter des gros projets, parce que ?a sert ? ?a les h?ritages aussi quand m?me, mais mon papa, il est moyennement d’accord, il dit ben non, mais j’aimerais bien voyager avec ta m?re. forcemment, moi, le fait que mon papa, il veuille voyager loin avec ma m?re, ?a me rend toute contente pour eux, alors je laisse tomber les gros projets persos et je me dis que tant pis, que l’argent de mes projets, ben je me le gagnerais toute seule comme une grande, vu que ?a fait quinze ans que j’attends ?a…

ensuite, forcemment, on a fini, alors il paye tranquillement mon papa, et on sort du restaurant, moi je suis tr?s l?gerement dans les choux, mais moins que quand je bois du ros? en plein cagnard, et j’ai une bonne demi heure de m?tro avant de rentrer chez moi, tandis que lui, il a cinq minutes de marche pour rentrer ? son hotel.
c’est un peu ?a la diff?rence avec ma m?re, ma m?re je l’emmene au kitch, une gargote rue oberkampf tenue par des goth qui parlent fort, et ma m?re, elle me dit toute joyeuse qu’elle compte bien y emmener une de ses amie bcbg quand elle reviendra ? paris. ma m?re, elle est un peu bcbg tendance grunge, mon papa, il est un peu petit bourgeois tendance ?go fort.

je crois que c’est pour ?a, que comme il dit mon papa, ils ont eu des enfants qui sont un peu ?tranges, et que comme elle dit ma m?re, ils ont eu des enfants qui ont le monde au bout des doigts…
je sais pas trop si c’est vrai, m?me si mes parents, ils ont (presque) toujours raison…

alibi

i was already gone

je me saoule avec mon inutilit?,
comme ?a
au moins,
?a va m’?viter de saouler les autres…
(on peut esp?rer)