soweto

Mpho – Soweto, 04.09

Pule me regarde pendant que j’allume ma clope en marchant dans la rue calme. “Tu m’en files une ?” Je lui en file une.
- Tu sais, ici, on partage tout. A Soweto, une cigarette, ça fait toujours deux personnes, on partage tout. Enfin sauf le calbute.

Je fais des photos, comme d’hab, vite fait au passage. Rien de notoire, je les fais juste parce que c’est la meilleure heure de la journée avec la lumière qui s’adoucit et vire à l’orange.
- Tu me prends en photo ?
Il pose et je le prends en photo. Des écoliers en uniformes qui rentrent de l’école me dévisagent et se marrent en douce ; assis sur des tabourets sur le pas d’une porte, des habitants nous regardent passer.

En chemin, il s’arrête voir sa soeur et sa nièce, puis il m’emmène boire des cocas avec ses potes devant une petite boutique. On discute un peu et puis on rentre lentement, par les petites rues, en respirant les derniers rayons de soleil.
- Comment il s’appelait ton pote ?
- Mpho. ça veut dire cadeau en sotho.
- Et Pule ?
- ça veut dire pluie, en pedi.
- C’est joli.
Pule se marre.
- Ils sont cons vos prénoms, ils veulent rien dire.
- Je sais.


The Beatles – I’m Looking Through You

important shot

Argl. Démasquée.

D’autres trucs marrants, notamment sur la photo HDR sur Photographer’s math, d’après le génial concept de New Math.

cricket langa

Partie de cricket dans Church Street, Langa – 04.09

south africa langa

La cour d’un hostel – Langa (township près du Cap) – 04.09

Bon sinon, notre projet super beau est finito et comme d’hab, faut le montrer et le vendre. Comme d’hab on croit à notre truc. Comme d’hab on a des pistes et des contacts. Comme d’hab… erf, j’écris pas à quoi je pense là, sinon je vais nous porter la poisse.
Et je suis en train de finir le portfolio de la mort qui tue en pdf, je pars sur 15 images pour l’instant, idéalement 10 mais on verra. Que du noir et blanc. Que des trucs qui me font vibrer.
Parce que hein bon, ça suffit les conneries et les concessions.


Lullabye Arkestra – All I Can Give You

D’un autre côté, il suffit que j’aille me balader sur Flickr pour reprendre un chouille confiance — en moi. Ah la magie de l’interwebs… Y’a des trucs bien, n’empêche, sur Flickr, mais j’ai pas l’énergie de chercher, c’est trop le bordel. C’est trop navrant aussi depuis que Getty y a mis sont nez. Et y’a aussi des photographes d’agences prestigieuses, style au pif, VII, qui font leurs photos au brownie flash : http://www.viiphoto.com/showstory.php?nID=851, mais comme je suis influençable et moutonnière, les photos au Holga m’horripilent sur Flickr et me ravissent chez VII. Va comprendre, Charles.

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Il faut que je trouve les mots pour éconduire galamment un jeune padawan, qui en des termes fort bien choisis (“professionnelle accomplie”, “professionnel chevronné et talentueux”) me demande d’être mon apprenti (“un disciple ?”) pour sa formation. C’est vachement tentant quand même de devenir une professionnelle chevronnée et talentueuse comme ça. C’est pas le premier de ce genre que je reçois, ni le dernier probablement, mais c’est le premier qui me fait sourire ironiquement. J’hésite presque à le renvoyer sur mon post d’hier, pour rire et si j’ai de la chance pour le dégoûter un peu du métier et lui faire faire des études de droit. Ou d’expert comptable. ça fera toujours un crevard crève la dalle comme moi, ahem, chômeur de moins. Je pourrais contribuer moi aussi à mon petit niveau à faire reculer le chômage. Le gouvernement devrait me remercier tiens, non mais sans blagues.

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Bon, non c’est pas vrai, je ne réponds jamais de conneries aux jeunes padawans qui m’écrivent, quand bien même je leur proposerais bien des stages d’esclaves pour cataloguer mes archives et reclasser mes negs. J’arrive pas à leur dire que c’est le plus hum métier du monde quand même. Parce que ouais, y’a toujours la bonne image qui te pète aux yeux quand tu t’y attends le moins, alors le reste…

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Et y’a toujours aussi le reportage que tu finis et dont t’es bien fier et les contacts que tu vas chercher et les gens que tu retrouves, bref, plein de gens à voir pour leur montrer ton boulot, content comme un gosse qui montre son pot à ses parents. Et les rédac chefs qui te répondent avec plein de pincettes et de sous-entendus, ahem c’est gentil, mais on n’a pas le droit de parler aux inconnus, allez voir là-bas si j’y suis, les grands travaillent là, hein.

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Pour le Kosovo, on avait ciblé hebdos, on avait des pistes, des ah oui c’est intéressant, tenez-nous au courant, montrez-nous tout ça. qui se sont transformés en ah oui c’est toujours intéressant mais personne n’en parle, donc ben nous non plus. On est comme ça nous, aussi suivistes que les copains. On avait ciblé hebdos donc photos couleurs, bonne qualité, belles couleurs, de la vie et des cadrages assez conventionnels. Forcément, quand on a finit, en désespoir de cause, par le montrer à un mag plus exigeant avec de la photo d’auteur, ça n’allait pas. J’aurais d? faire du noir et blanc flou et contrasté d’entrée de jeu tiens, ou du moyen format. J’aurais eu moins de regrets.

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C’est comme ça, les rédactions ne produisent plus, elles se contentent de consommer, c’est tranquille et sans risques. En payant le moins possible, of course. Et va pas croire que tu pourras demander une participation aux frais, ils te regarderont comme si t’étais un crypto-bolchevik, couteau entre les dents et bave aux lèvres, réclamant ton dû en sang patronal. Les rédactions papier tournent en boucle avec les mêmes photos d’agences, les rédac web font les vautours sur flickr, tout le monde croit que la licence Creative Commons = fête du slip généralisée et on te propose une misère pour des projets ambitieux faits à l’autre bout du monde, un truc qui paierait même pas le billet d’avion aller d’un clandestin en soute, style “tiens petite, tu t’achèteras des pistaches”. C’est vrai qu’une vidéo Youtube est forcément meilleure, vu qu’elle est gratuite. Le web est vu comme un sous genre, avec des sous journalistes et ce sont les stagiaires qu’on envoie avec une mini DV pourrie pour tourner des reportages dont le son mal pris et les images tremblotantes donnent la migraine. C’est le web, les internautes, ces cons, n’y verront que du feu, hahaha.

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Quoi ? Les am?ricains inventent des modèles pour des projets multimédias sur internet ? Ils font des trucs de plus de 3 minutes ? Mais ils sont fous ou quoi ? Ils savent pas que les internautes ont la manie du clic et qu’ils s’en foutent de la qualité ?? Et ça marche ? Mais vous nagez en plein délire. Quoi ? C’est la télé et le CNC qui produisent des webdocus de qualité ? La télé et le CNC financent du journalisme sur le web ?? Et ça marche ? Mais vous pensez bien, nous on préfère montrer de la vidéo qui buzze, ça fait du clic et des visites pour pas un rond, ça fait briller les yeux des annonceurs, on n’est pas con non plus hein, vous croyez quoi ?!
Je préfère pas dire combien paie le site d’un quotidien français, après je vais m’énerver et mon chat devra me remettre ma camisole et personne n’a vraiment envie de ça.

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Pendant ce temps, à Soweto, le boss d’une petite ONG qu’on avait suivie et qui fait un boulot de terrain indispensable avec pas grand chose, nous écrit et nous dit qu’il aimerait bien nous faire revenir couvrir un peu plus ce qu’ils font, des trucs vagues et sans importance comme un orphelinat pour gosses séropos dans un des coins les plus pauvres et les plus craignos du township. Il va sans doute falloir qu’on lui réponde qu’on aimerait bien oui parce qu’on avait vraiment manqué de temps la dernière fois, mais que ça risque de pas intéresser grand monde ici Lulu. A moins que ça soit Nachtwey ou l’agence VU qui le fasse. Des pauvres, malades et noirs qui crèvent dans leurs cabanes en tôle, ça a déjà été fait coco, trouve moi un sujet original et exceptionnel et laisse les grands travailler en attendant.
Et encore, c’est le SIDA, pour le palu c’est bien pire (1.5 ? 3 millions de morts/an, 3 à 500 millions d’infections/an), mais les maladies de pauvres n’intéressent personne.

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Mais non je suis pas cynique, j’aime bien dire des conneries, c’est tout.

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On ira quand même, si on peut, sur nos sous à nous s’il le faut, parce que ce sont des histoires qui doivent être racontées. C’est comme ça.