j’ai beau, parfois,
pas bien aimer les imprévus, les annulations, les gros changements de plans, j’ai mes habitudes, j’aime mes habitudes, on s’habitue à tout, pas vrai ? ça fait juste un peu de confort dans l’inexactitude générale de tout le reste, mais je peux pas m’empêcher, passé le premier rejet, le premier regret pour les beaux plans tout défaits d’apprécier infiniment les ratés, les dernières minutes, les changements, tout ce qui me sort un peu de moi, d’un coup je crois, d’un coup je respire un peu plus librement,
et j’ai beau, des fois,
préférer pas trop bouger, histoire sans doute de pas fissurer ma carapace d’un coup, j’ai beau pas trop avoir peur d’être solitaire, j’ai beau savoir mesurer le silence à ma juste valeur, j’aime autant les rencontres improbables, les croisements de routes, les retrouvailles, les mondes qui s’entrechoquent, les regards comme ça qu’on n’oublie pas et les pointes d’espoirs de nouveaux entrechats, tout ce qui me sort un peu d’émoi,
et j’ai beau, souvent,
choisir mes risques et passer longtemps à les contempler, les soupeser, j’ai beau être d’une folle inconscience parfois (je sais, bizarrement, toujours faire à peu près confiance) et j’ai beau pas être bien turbulente (je sais pas, encore, partir très loin du jour au lendemain), j’ai beau pas être des masses aventureuse, pas comme j’aurais aimé l’être, pas comme je le serai sans doute, il n’y a rien que j’aime autant que l’aventure qui me tombe dessus, à défaut de bien savoir comment la provoquer, mais pas celui d’essayer, même quand je ne l’attends pas et qu’elle finit par me chopper,
et j’ai beau savoir, maintenant,
et quelque peu malheureusement, que vraiment tout peut arriver, il restera toujours l’éventualité de la surprise, de l’imprévu, des trajets impromptus, d’univers à découvrir, le tout donnant lieu à ce début de checklist avec les mots vaccins et visa dessus.
rien ni personne ne peut remplacer ça.

(tiens, c’est l’automne)(mais le 22 septembre aujourd’hui je m’en fous)(comme dirait l’autre)(mais c’est triste de ne plus être triste sans vous)(toujours dixit l’autre)(qui s’y connaissait en rimes)(et sûrement aussi en d’autres trucs)
(bref, tout ça pour avoir le pretexte de poster mon petit tube de l’été)(qui est aussi mon tube de septembre à vrai dire)(surtout quand je cavale à vélo d’un bout à l’autre de Paris pour illustrer des articles très sérieux)(et que je m’arrête 5 minutes au milieu des fleurs quelque part, n’importe où on s’en fout pour regarder un peu la vie autour)(et dans ces moments là, je me dis, ça doit être bien d’être jardinier et de faire pousser des fleurs)(je bucole si je veux, d’abord)(il y avait aussi une photographe qui tournait autour du square en passant et qui regardait un petit bout de gosse de deux ans s’éclater sur le toboggan)(des pauses comme ça, ça vous fait oublier 5 minutes ces rédacs où il faut passer quatorze fois pour être payé…)(mais où ai-je donc foutu ma barre à mine ?)(la peste soit de mon effroyable distraction…)
perdre une heure pour passer dans une rédac leur donner ma fiche d’identification de pigiste, vu que celle envoyée il y a quatre mois, eh ben ils l’ont “jamais reçue” cette bande de bras cassés. jamais reçue mes genoux oui…
bref, trépigner, chouiner, craquer, s’énerver, disjoncter, tout casser, hurler, sortir sa batte de baseball, pulvériser les ordis, faire kaméaméa, suspendre le rédac chef au balcon par le lacet, gifler la comptable, braquer le directeur de la rédaction, appeler mon avocat, faire le regard qui tue et transformer la rédac’ en glace, ahem…
ouais en fait non, comme d’hab, j’ai dû pleurer la misère. tsé, le mag est “né dans la résistance” (c’est pas de moi, c’est marqué dessus), ben apparemment, leur carnet de chèque en est pas sorti.
pis après, une fois par an, tout le monde et tous les journaux vont pleurer sur le déclin du photojournalisme et de la photo de presse à Visa pour l’Image. et que je te fais de la couv’ dessus (genre comme télérama, hahaha, avec un DESSIN d’un photographe mort. non mais bravo les mecs, dans le mille), et que je t’interviewe le directeur, et que je bave à longueur d’article sur comment c’est beau et c’est chouette la photo de presse. tout ça pendant 15 jours. vu comme les rédactions l’enterrent allègrement le reste de l’année, en payant les photos des clopinettes chaque fois qu’il leur tombe une jambe, franchement, y’a de quoi gerber.
“j’ai payé quand même un peu cher, pour un truc qui laisse dans la galère” eh ouais.
comparer nos converses qui tuent avec Amp Fiddler et (re)prendre du plaisir à cadrer des portraits.
et à les bosser.
et à les regarder.
pis lui envoyer les photos, quand même.