je sais plus trop comment m’est venu ce truc de dire que de toute façon, je suis que photographe, donc analphabète. je sais pas si c’est plus de la paresse intellectuelle “ah ben merde, faut que j’apprenne à écrire bien comme il faut” ou une manière de me protéger contre une forme de mépris ressentie parfois de la part de personnes qui s’imaginent qu’un photographe ne fait qu’appuyer sur un bouton.
ce qui est vrai dans certains cas mais là n’est pas le sujet. ou alors c’est p’tet aussi que j’ai l’impression de piquer le boulot d’un autre. ça me gave déjà assez quand j’ai l’impression qu’on fait le mien à ma place pour pas le faire à d’autres.
j’ai reçu l’autre jour ma paie pour mon 2e article publié dans un mag de musique. si c’est pas beau ça. bon, faut dire que quand j’écris dans un mag, c’est en général un cas de force majeure. Le premier, c’était un trip à Los Angeles pour couvrir le tournage d’un clip, et ils avaient décidé de filer le billet d’avion à une photographe plutôt qu’un rédacteur. et bam, un feuillet sur ce qui se passe dans le clip, pas de quoi fouetter un chat, mais c’est couillon, je sais pas si j’ai gardé le mag en question. bref, là, c’était un trip en train avec Hocus Pocus, mon journaliste s’est juste jamais pointé. j’avais des potes journalistes dans ce train, j’avoue que je leur aurais bien refilé le bébé d’écrire mes 2500 signes… mais mon rédac chef m’a dit “bah non, tu vas écrire, mais on t’aidera hein.” ce qui était une belle manière de me faire confiance ou de me jeter dans le grand bain “mais si tu sais nager allez” plouf. ils ont bien amélioré des trucs mais dans l’ensemble, c’était plutôt mieux que ce à quoi ils s’attendaient. faudrait que je passe le chercher ce mag quand même…
et puis j’ai hésité à dire sans rigoler, à un pote qui a un site internet et qui cherchait des chroniqueurs de festivals que je suis pas vraiment analphabète et que je saurais le faire. peut-être que je suis pas analphabète mais juste un peu concon. j’ai aucun scrupule à écrire des trucs pour le-hiboo, live-reports, festivals et là récemment, interview, mais faut dire que c’est pas payé, c’est plus facile pour me dire que je pique le taf de personne. c’est plus facile aussi d’écrire dans un style qui ressemble à rien et qui m’éclate, sans contraintes. je vais quand même faire relire mon article-interview par une journaliste rock, je sais pas, p’tet que j’ai besoin d’une énième confirmation que je suis pas ni analpha ni bête ou que je peux aussi raconter des trucs intéressants avec des mots.
et puis je vais échanger cet été des p’tites formations photo contre une p’tite formation “angle, problématique, synopsis” tout ça, un des nombreux avantages de bosser dans un kolkhoze de journalistes. un autre, c’est de proposer un beau sujet avec photos, et d’avoir une rédac chef monde d’un hebdo que je kiffe et dont je kiffe les articles qui me répond dans les 10 minutes pour me dire que c’est pas pour eux mais que c’est magnifique comme sujet. j’en ai fait une petite danse sioux de la victoire. même si on l’a pas vendu encore, même si j’ai fait “que” les photos.
bon, faut que j’arrête de relire et de corriger mon interview et que je l’envoie. faudra que j’arrête de flipper aussi. c’est pas d’interviewer tel ou telle artiste, plus d’être ridicule avec mes pauvres questions à deux francs de fille qui a pas encore trop l’habitude, complexée par la culture musicale des autres journalistes. alors que bon, je me défends en fait. je savais déjà qu’on pouvait apprendre juste en observant les autres faire, avec leur papier et leur crayon et leur curiosité. je savais pas qu’on pouvait apprendre autant et qu’une fois dans le bain, ben y’avait plus qu’à nager tranquille.