Il y avait la lenteur et le son, étouffé, bancal de l’ouverture, un truc infiniment apaisant qui descendait dans la pièce, et je n’ai jamais pu depuis m’empêcher de l’associer avec les crépitements du feu dans la grande cheminée, les fauteuils à carreaux rouges et blancs, le vent dehors, les phrases qui se font plus lentes, les voix plus basses. C’était un disque de fin de soirée. Et puis il y avait Gold Day, juste après, juste assez d’énergie pour ne pas s’enfoncer dans la torpeur ambiante, et tout est calme, et tout est beau.

Et quand It’s a Wonderful Life s’arrêtait, trop vite, souvent à la suite, il y avait Dreamt For Light Years, c’était la suite logique.
C’était la bande-son d’une autre époque, ni pire ni meilleure, juste différente. La terre aurait pu s’arrêter de tourner là, avec le feu qui s’éteignait tout doucement dans la grande cheminée et le vent dehors, les voix et les rires, mais tant que la musique enveloppait la pièce, ça n’avait pas d’importance, et tout était calme, et tout était beau.

sparklehorse cigale

Sparklehorse - La cigale, octobre 2006


Sparklehorse - Gold Day

keep all your crows away
hold skinny wolves at bay
in silver piles of smiles
may all your days be gold my child

bénin
Quelque part, à un moment donné, au Bénin.

Bon ben voilà, si t’aimes le noir et blanc, si t’aimes le contraste, si t’aimes les avions et les aéroports, si t’as la bougeotte et les jambes qui fourmillent, viens donc faire un tour dans mes carnets de route. Par , voilà.

Si t’aimes pas le noir et blanc, je t’avoue que c’est quand même un tout petit peu embêtant. Mais enfin, c’est toi qui vois.

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui mais ça vaut drôlement le coup.

Ah oui non, c’est pas tout. Pendant que j’étais pas ici à bavasser, j’ai quand même retrouvé le nom du journaliste que je cherchais. C’était même une drôle de bonne nouvelle jusqu’à il y a 3-4 jours. On m’en avait parlé en interview et j’étais toute contente en me disant chouette, ça va peut-être bien me plaire, je vais aller m’acheter ses bouquins. Joie de fort courte durée, vu que j’avais bêtement oublié de noter son nom. Qu’il a à coucher dehors pour ne rien arranger. Donc au début, j’ai cherché, j’ai même essayé de redemander. Et puis j’ai zappé, la vie que veux-tu. J’y ai repensé, et puis j’ai pas re-recherché. Il y a genre deux semaines, au détour d’un forum, je tombe sur son nom, je me renseigne, je le note, vu qu’il faudrait être un peu moi pour faire deux fois la même connerie. Bon alors le journaliste en question, c’est juste Ryszard Kapuscinski. Donc un des journalistes les plus mondialement connus au niveau mythique de réputation en béton et que tout le monde connait et a lu, sauf moi, bougre d’inculte. J’achète donc Ébène à la librairie en bas de chez moi, contente comme tout, contente comme avant quand je savais pas que j’avais pas noté son nom dans mon carnet, contente comme quand tu vas rencontrer un mythe, contente comme quand je m’achète un nouveau bouquin de Depardon. Un peu comme ça. Et là il y a quelques jours, j’apprends qu’un biographe égratigne un brin le grantomme, qui se serait légèrement oublié, et parfois un poil éloigné de la vérité. Mon tout nouveau mythe en cours d’adoption est un peu cassé, du coup. ça l’aurait pas fait chier d’attendre que je lise ses bouquins avant de sortir ça, hein ? Biographe de mes deux.
Bon je vais lire Ébène quand même hein, ça a l’air vachement bien. Le reste on s’en fout.

Tout ça pour dire que, premièrement, il faut toujours noter les trucs dans son petit carnet et deuxièmement, je sais plus, il est tard.

17 janvier, déjà. Sans voir le temps passer.
Je me laisse bombarder d’images et de news sur Haïti, tous les regards sont braqués là-bas. Pour combien de temps ? Combien de temps va-t-on laisser tourner les caméras sur la ruine avant de les détourner pudiquement de la misère quotidienne ? Tout va rentrer dans l’ordre, les dons seront donnés, les journalistes seront rentrés, les bidonvilles vont se reconstruire, les absurdités économiques seront reproduites, les pauvres resteront pauvres, que veux-tu. Les agences auront leur images et les news arrivées à saturation se tourneront vers d’autres actus chaudes bouillantes. Oh je ne devrais pas faire ma chochotte, si j’avais pu, je serais partie avec deux amis journalistes. Pour combien de temps ? Peut-être une dizaine de jours, le temps à peine d’effleurer une réalité que je ne connais pas dans un pays dont je connais trois fois rien. Et puis s’en va. Je ne devrais pas faire ma chochotte, c’est un métier de couvrir l’actu super chaude, les catastrophes, les guerres, les morts. Et on a besoin de journalistes/photographes pour couvrir ça, pour raconter. Mais ça me laisse quand même un arrière goût de je ne sais quoi, de voir tout le monde converger tout d’un coup vers un caillou laissé à l’abandon le reste du temps. Le monde retient son souffle quelques secondes, c’est l’émotion, envoyez vos dons, et surtout ne demandez pas à vos gouvernements et au FMI quelques éclaircissements sur ce qui se passe depuis 50 ans.
Je ne devrais pas faire ma chochotte, il faut bien raconter le monde tel qu’il est, quand il craque, quand il éructe, quand il saigne.
Mais moi ce qui m’intéresse, c’est de savoir ce qui se passe lorsque les caméras sont détournées, lorsque les envoyés spéciaux sont rentrés. Ce qui m’intéressait au Kosovo, c’était de percevoir les tensions restantes et la vie malgré tout dix ans après la fin de cette guerre dont les médias nous avaient saturés. Mais ça, c’était “intéressant oui, mais”. Point final. Et l’impression tout compte fait que tout le monde s’en tape. Je ne devrais pas faire ma surprise, il y a plus de place pour les morts que pour les vivants dans les médias, c’est comme ça. Et je ne devrais pas faire ma stupide, c’est aussi une question économique : les photographes indés ou d’agence sont plus sûrs de vendre leurs images sensationnalistes de catastrophes ou de guerres. Ce sont elles qui font les doubles dans Newsweek et les covers des quotidiens du monde entier.
Tant que j’y suis, allez donc lire ceci : Like moths to a flame, ça résume très bien ces contradictions et mon ambivalence. Et même l’ambivalence générale de la couverture médiatique d’un événement de ce genre. Lisez tout l’article et même celui-ci A pack of war paparrazi.

17 janvier déjà, et moi et moi et moi. Je ne vois plus le temps passer. Je passe mes journées à tourner de bien chouettes vidéos et à les monter. Le soir, quand je ne suis pas trop crevée, je bosse sur d’autres trucs. Les trucs en retard. Un diapo sonore très chouette qui attend d’être fini et chouine de frustration. Des negs à scanner qui criaillent aussi. Des photos déçues de ne pas avoir fait partie du premier choix qui hurlent aussi bosse-moi ! Mon portfolio qui attend une update et qui commence à s’énerver. Tout ça, ça fait un boucan de tous les diables, alors je mets ma musique encore plus fort, ça couvre le brouhaha environnant pour un temps.

Et puis sinon, si vous passez par Marly le Roi, entre St Germain en Laye et Versailles, par là, arrêtez-vous au Centre Culturel Jean Vilar, j’y expose une douzaine de portraits d’Afrique et autant d’histoires, c’est une expo commune avec mon cousin et un ami à lui et c’est bien beau et c’est jusqu’au 20 février.
Et si vous pouvez pas y aller, vous pouvez quand même acheter le mini catalogue de l’expo par ici.

C’était le bordel ce post, mais on est le 17 janvier déjà et je me sens un peu comme le lapin blanc.

Bon et ben puisque c’est de saison, on va souhaiter à toi, cher(e) lecteur/trice, et puis aussi, à la ligue des frangins extraordinaires, aux amis, toujours présents, aux photographes fauchés ou non, aux beatniks du journalisme, aux zazous qui créent des trucs magiques, aux généreux géniteurs, aux geeks sociables, aux photojournalistes qui ont la bougeotte, aux voyageurs qui ont du vent plein les yeux,

une belle année 2010,

et puis allons-y gaiement même : à mes non-lecteurs, qui ont grand tort et ne savent pas ce qu’ils loupent, aux blousons noirs qui aiment le rauquenraule et à ceux qui en font, aux rêveurs acharnés, aux artistes super charmant(e)s et carrément passionnant(e)s rencontré(e)s cette année, aux filles prodigues, à ceux qui ne savent pas trop ce qu’ils font là, aux amoureux mélancoliques, aux vagabonds qui ont les pieds sur terre et assez poussiéreux d’ailleurs, aux avares à varices, aux échappés à chapeaux, aux souris souriantes, aux rascals à poils, aux génies ingénus, aux bucoliques collectivistes, aux chevelus pas trop velus, aux chipies chapo patapo, aux errants exubérants, aux sérieux de série, aux illuminés minets, aux intimes intimidés, aux optimistes pas contrariants, aux poneys, aux chantants chatoyants, aux ploucs qui font plic, à Jimmy, aux imbéciles heureux, aux bourriques bourrues, aux avides évadés, aux enlacés sans lacets, aux aimables émus, aux éblouis oubliés,

une bien belle année 2010 aussi.


Yeasayer - 2080

C’est une histoire de brève rencontre et de session ratée. Un coup de fil alors que j’arrive à Orly pour prendre un avion, as-tu d’autres photos ? Non, pas vraiment. J’ai déjà la tête à Johannesburg, mais je promets à Rédac Chef de vérifier. Ma carte mémoire n’est pas encore formatée mais non, rien d’autre, rien de bien, j’en envoie une ou deux, pour le principe. A mon retour, il me dit embêté qu’il n’a mis qu’une vignette, dans le sommaire et pour l’article, une photo promo. Je dis, je suis désolée. C’est la première fois que Rédac Chef ne passe pas un de mes portraits, je me dis ça arrive de se louper mais je sais que c’est vraiment dommage. Et depuis, je me demande souvent pourquoi j’ai raté ces photos, sans raison apparente.

C’est peut-être aussi banal qu’une journée sans lumière dans une semaine sans inspiration. C’est peut-être aussi bête qu’avoir déjà la tête ailleurs, à une semaine du départ pour l’Afrique du Sud. C’est peut-être aussi con que la pression du temps qui court et de Rédac Chef qui discute avec l’attachée de presse à trois pas. Ce sont des mauvais cadrages, des mises au point aléatoires, des attitudes qui m’échappent dans un lieu qui ne me parle pas.
C’est une artiste disponible et adorable pourtant et qui m’intimide bizarrement. Elle chantonne tout doucement pendant que je tourne autour d’elle et j’aime bien ça, qu’elle chantonne, qu’elle me regarde ou pas, qu’elle soit là et pas là à la fois, et je me doute bien que ça lui donnera des expressions bizarres, figées, mais je laisse faire. Je l’interromps parfois pour diriger son regard et puis voilà.

C’est aussi curieux que le bref attachement que je n’oublie pas avec ceux et celles que je cadre, quelques mots échangés, quelques regards, quelques sourires et puis s’en va.

C’est aussi couillon que la confiance que je me fais que malgré tout, j’arriverais bien à capter ce petit moment de naturel que je recherche quand je fais des portraits. C’est une histoire de croisement de chemins, si ténu qu’il en est presque incertain. Elle est un petit peu ailleurs et moi peut-être pas tout à fait là, et je tourne autour d’elle et je ne la capture pas.

lhasa avril 2009

Mais elle sourit, et ça me va.

Farewell Lhasa.